🚗⚡ Voiture électrique : plus sûre, mais avec de nouveaux pièges sur la route
Silencieuse, confortable et souvent équipée des dernières aides à la conduite, la voiture électrique donne rapidement une impression de sérénité. Pourtant, son poids, son accélération immédiate, son freinage particulier et ses nombreux écrans modifient nos habitudes au volant.
Le Code de la route est, en principe, exactement le même pour une voiture électrique que pour un véhicule à essence ou diesel. Toutefois, certaines infractions peuvent être commises plus facilement, tandis que d’autres deviennent moins probables grâce aux technologies embarquées.
⚡ 1. L’excès de vitesse : le piège de l’accélération instantanée
Un moteur électrique délivre immédiatement sa puissance. Même une voiture familiale peut donc accélérer beaucoup plus vivement qu’un véhicule thermique comparable.
Cette caractéristique est agréable pour s’insérer dans la circulation ou effectuer un dépassement, mais elle peut aussi conduire à franchir très rapidement la limitation de vitesse, particulièrement :
- à la sortie d’une zone 30 ;
- après un feu rouge ;
- à l’entrée d’une autoroute ;
- lors d’un dépassement ;
- dans une rue qui paraît dégagée.
L’absence de bruit du moteur renforce ce phénomène. Dans un véhicule thermique, la montée dans les tours avertit instinctivement le conducteur qu’il accélère. Dans une voiture électrique, on peut atteindre 50 ou 70 km/h presque sans s’en rendre compte.
L’Institut Vias relève que la forte capacité d’accélération des véhicules électriques nécessite un temps d’adaptation, surtout pour les conducteurs qui découvrent ce type de véhicule.
Les accidents impliquant une voiture électrique sont proportionnellement plus fréquents sur les routes limitées à 30 km/h. Ce constat doit néanmoins être nuancé, car les véhicules électriques sont également davantage utilisés en milieu urbain.
Le bon réflexe
En ville, il peut être utile de sélectionner le mode « Eco » ou « Confort » et de surveiller davantage le compteur pendant les premières semaines d’utilisation. Le mode « Sport » est rarement adapté à une circulation urbaine.
🛑 2. L’assistance intelligente à la vitesse réduit le risque, mais pas la responsabilité
Les voitures électriques étant généralement plus récentes, elles disposent souvent :
- de la reconnaissance des panneaux ;
- d’un avertisseur de dépassement de vitesse ;
- d’un limiteur ;
- d’un régulateur de vitesse adaptatif ;
- d’un freinage automatique d’urgence.
Depuis juillet 2024, les voitures neuves concernées par la réglementation européenne doivent être équipées d’une assistance intelligente à la vitesse. Ce système avertit le conducteur lorsqu’il dépasse la limitation détectée.
Ces dispositifs peuvent réduire le risque d’excès de vitesse, mais ils ne rendent pas l’infraction impossible :
- la reconnaissance d’un panneau peut être erronée ;
- les données cartographiques peuvent ne pas être à jour ;
- une limitation temporaire peut ne pas être détectée ;
- le conducteur peut désactiver ou outrepasser le système.
En droit, c’est toujours le conducteur qui doit observer la signalisation et adapter sa vitesse.
Expliquer que « la voiture indiquait 70 km/h » ne suffit donc pas à contester une infraction si un panneau imposait une limitation à 50 km/h.
🚶 3. Le silence : un confort pour le conducteur, un risque pour les piétons
À faible vitesse, une voiture électrique est beaucoup plus silencieuse qu’un véhicule thermique. Les piétons, cyclistes et personnes malvoyantes peuvent dès lors ne pas l’entendre arriver.
Le danger apparaît principalement :
- dans les zones 20 et 30 ;
- sur les parkings ;
- lors d’une marche arrière ;
- à la sortie d’un garage ;
- dans les rues partagées ;
- à proximité des écoles et des passages pour piétons.
Les véhicules électriques et hybrides récents disposent d’un système sonore, appelé AVAS, destiné à avertir les autres usagers à basse vitesse. Cette obligation européenne vise notamment la protection des piétons aveugles ou malvoyants.
Ce signal sonore reste néanmoins relativement discret. Il ne dispense évidemment pas le conducteur de ralentir, de céder le passage et, si nécessaire, de s’arrêter.
L’étude belge de l’Institut Vias constate que les usagers vulnérables sont proportionnellement plus souvent impliqués dans les accidents avec des voitures électriques.
Cette donnée doit toutefois être interprétée avec prudence. Les accidents analysés étaient encore relativement peu nombreux et une partie de cette différence peut s’expliquer par l’utilisation plus urbaine des véhicules électriques.
🦶 4. Le freinage régénératif : plus d’anticipation, mais un apprentissage nécessaire
De nombreux véhicules électriques ralentissent fortement dès que le conducteur relâche l’accélérateur. C’est le freinage régénératif, parfois appelé « One Pedal Drive ».
Après une courte période d’adaptation, ce système peut favoriser une conduite plus fluide :
- anticipation plus importante ;
- ralentissements progressifs ;
- diminution des freinages brusques ;
- meilleure maîtrise de la vitesse dans les descentes.
Il peut donc contribuer à réduire le risque de suivre trop rapidement le véhicule qui précède ou de devoir freiner brutalement.
Au début, le conducteur peut néanmoins être surpris par la décélération. Il peut ralentir trop brutalement ou mal évaluer la distance nécessaire si le niveau de récupération d’énergie a été modifié.
Même avec un régulateur adaptatif, la distance de sécurité reste sous la responsabilité du conducteur. Les aides électroniques ne permettent ni de consulter son téléphone ni de détourner son attention de la circulation.
📱 5. Les écrans : le nouveau risque de distraction
Climatisation, navigation, musique, réglage du freinage et choix du mode de conduite sont parfois regroupés sur un grand écran tactile.
Rechercher une fonction dans plusieurs menus peut détourner les yeux de la route aussi dangereusement que la manipulation d’un téléphone.
Le Code de la route interdit de tenir ou de manipuler un appareil électronique mobile doté d’un écran pendant la conduite, sauf s’il est fixé au véhicule dans un support prévu à cet effet.
L’interdiction reste applicable lorsque le véhicule est temporairement immobilisé dans la circulation, notamment à un feu rouge. Elle ne disparaît que lorsque le véhicule est réellement à l’arrêt ou en stationnement.
L’utilisation de l’écran intégré du véhicule n’est pas automatiquement interdite de la même manière. Elle peut toutefois devenir problématique si elle empêche le conducteur de rester attentif ou de conserver la maîtrise de son véhicule.
Le plus sûr est donc de programmer la destination, le chauffage et les principaux réglages avant de démarrer, puis d’utiliser les commandes vocales lorsqu’elles sont disponibles.
🅿️ 6. Les emplacements de recharge : être électrique ne suffit pas
Une place signalée par le panneau de stationnement accompagné du symbole d’une prise est réservée aux véhicules électriques ou hybrides.
Mais attention : lorsqu’un véhicule électrique y est stationné, il doit effectivement être raccordé à la borne. Une voiture électrique garée sur cet emplacement sans être branchée peut donc être verbalisée.
La recharge est juridiquement considérée comme du stationnement. Il faut dès lors également respecter :
- le disque bleu lorsqu’il est requis ;
- la durée maximale indiquée ;
- les règles de paiement ;
- les horaires ou conditions figurant sur la signalisation ;
- les éventuelles règles propres au parking.
Le fait de recharger son véhicule ne permet donc pas d’ignorer les autres prescriptions relatives au stationnement.
À l’inverse, le fait que la batterie soit complètement chargée ne constitue pas automatiquement une infraction. Tout dépend de la signalisation et des règles applicables à l’emplacement concerné. Il reste néanmoins préférable de libérer la borne lorsqu’elle n’est plus nécessaire.
⚖️ 7. Le poids du véhicule : pas une infraction, mais un facteur de gravité
Les batteries rendent généralement les voitures électriques plus lourdes. Ce poids augmente l’énergie libérée lors d’un choc et peut influencer la distance de freinage, notamment sur une chaussée humide, enneigée ou verglacée.
L’étude de l’Institut Vias montre que, lors d’une collision entre deux voitures, le poids et la puissance influencent davantage la gravité des blessures de l’autre conducteur que le caractère électrique du moteur lui-même.
Pour les occupants de la voiture électrique, la protection est souvent meilleure. Cela s’explique en partie par la conception récente du véhicule, son poids et la présence de nombreux équipements de sécurité.
Il faut également vérifier la masse maximale autorisée lorsque le véhicule est fortement chargé, transporte des vélos ou tracte une remorque.
Une motorisation électrique ne dispense évidemment pas de respecter les règles relatives au chargement, à l’arrimage et à la masse maximale autorisée.
🌱 8. Quelles infractions deviennent moins probables ?
La voiture électrique peut faciliter le respect de certaines règles grâce à ses technologies et à son mode de conduite.
Les excès de vitesse prolongés
Le limiteur, la reconnaissance des panneaux et l’assistance intelligente à la vitesse peuvent avertir rapidement le conducteur.
Le non-respect des distances de sécurité
Le régulateur adaptatif et le freinage automatique peuvent aider à maintenir une distance suffisante avec le véhicule qui précède.
Le franchissement involontaire d’une ligne
L’alerte de franchissement et la correction de trajectoire peuvent réduire le risque de quitter sa bande de circulation.
Les collisions lors d’une marche arrière
Les caméras, les capteurs et les systèmes de détection d’obstacles améliorent la visibilité autour du véhicule.
La conduite agressive
La recherche d’une meilleure autonomie encourage souvent une conduite plus souple, avec moins d’accélérations et de freinages brusques.
Ces aides constituent une protection supplémentaire, mais elles ne transfèrent jamais la responsabilité à la voiture. Le conducteur doit rester attentif et prêt à intervenir à tout moment.
🔥 9. Une voiture électrique est-elle globalement plus dangereuse ?
Les données belges disponibles ne permettent pas de conclure qu’une voiture électrique serait globalement plus dangereuse.
Entre 2017 et 2022, l’Institut Vias a recensé 950 accidents corporels impliquant au moins une voiture électrique en Belgique.
Après prise en compte du kilométrage, le risque d’accident apparaissait même inférieur à celui des voitures à essence ou diesel.
Ce résultat doit néanmoins être nuancé. Les véhicules électriques étudiés étaient généralement plus récents, mieux équipés et conduits par un profil d’automobilistes différent.
La motorisation électrique, à elle seule, n’explique donc pas la sécurité ou la gravité d’un accident. Le poids, la puissance, l’âge du véhicule, ses équipements et, surtout, le comportement du conducteur jouent un rôle déterminant.
âś… En conclusion
La voiture électrique peut être très sûre, mais elle exige quelques nouveaux réflexes :
- maîtriser son accélération ;
- contrôler régulièrement sa vitesse ;
- redoubler de prudence envers les piétons et les cyclistes ;
- s’habituer au freinage régénératif ;
- ne pas se laisser distraire par les écrans ;
- respecter précisément la signalisation des bornes de recharge ;
- ne jamais confondre assistance Ă la conduite et conduite autonome.
La technologie peut aider à éviter une infraction ou un accident. Elle ne remplace toutefois ni l’attention, ni l’anticipation, ni la responsabilité du conducteur.
Vous êtes poursuivi pour une infraction commise au volant d’un véhicule électrique ou vous souhaitez contester un procès-verbal ? N’hésitez pas à me contacter afin que nous examinions ensemble votre situation.
Sources
- Institut Vias – Étude sur l’impact des voitures électriques sur la sécurité routière en Belgique
- Union européenne – Règlement relatif aux systèmes de sécurité des véhicules
- Union européenne – Systèmes sonores AVAS des véhicules électriques
- Police belge – Règles applicables aux emplacements de recharge
- Police belge – Utilisation des appareils électroniques au volant